Le moyen-âge médical vu depuis la fin du XIXe

On continue l’exploration de livres plus ou moins anciens, avec cette fois un ouvrage d’Edmond Dupouy publié en 1888.

Bien sûr, pour étudier ce qu’était réellement la médecine au moyen-âge, il serait préférable de lire des ouvrages historiques bien plus récents. L’idée ici est bien de chercher de l’inspiration pour divers fictions et pour le jeu de rôle.

Lois gothiques

Et ça commence assez fort, avec la citation de quelques lois gothiques promulguées (d’après ce livre, mais justement je ne saurai en attester la réalité historique) par Theodoric et suivies jusqu’au XIe siècle. Et ces lois peuvent tout à fait inspirer des équivalences dans nos univers de fictions :

Aucun médecin ne doit ouvrir la veine
d’une femme ou d’une fille noble sans être
assisté d’un parent ou d’un domestique ;
quia difficillimum non est, ut sub tali occasions
ludibrium interdum adhoerescat… (Leurs
moeurs étaient donc sujettes à caution.)

Lorsqu’un médecin est appelé pour panser
une plaie ou traiter une maladie, il doit,
après avoir pris connaissance, fournir une
caution et s’arranger pour ses honoraires
qu’il ne pourra réclamer dans le cas de danger
pour les jours du malade.

Il recevra cinq sous pour l’opération de
la cataracte grise.

Si un médecin blesse un gentilhomme
par la saignée, il sera condamné à payer cent
sous, et si le gentilhomme meurt des suites
de cette opération, le médecin doit être
livré entre les mains des parents, qui
pourront faire de lui tout ce qu’ils voudront.

Si le médecin estropie un esclave ou bien
lui cause la mort, il est tenu à la restitution.

Lorsqu’un médecin se charge d’un élève,
il lui est dû douze sous pour l’apprentissage.

Imaginez la pression sur le médecin qui se sent obligé de pratiquer une saignée sur un noble, sachant que si ça tourne mal, la famille du patient pourra faire de lui tout ce qu’ils voudront !

Femmes médecins

On lit un peu plus bas qu’on donnait aux femmes médecins qui pansaient les blessés le nom de médeciennes ou de miresses. Et un texte du XIIIe siècle est cité sur le sujet :

Tout le monde fait esmerveillier
En Salerne, n’a Montpellier
N’a si bonne fisicienne
Tant soit bonne medecienne,
Tous ceux sanes (1), oui tu atouches. (1) guéris

S’en suit l’exemple de la reine Radegonde, qui avait transformé une maison royale en hôpital pour femmes, et venait y officier en tant qu’infirmière elle-même.

L’auteur suggère ensuite que l’éducation de l’époque allait assez loin sur ce sujet, chez les nobles en tout cas :

A l’époque de la féodalité, il était de mode
de faire entrer dans l’éducation des jeunes
filles de qualité quelques notions de médecine
pratique, un peu de chirurgie et particulièrement
cette partie de la chirurgie qui
regarde le traitement des plaies. Cela leur
était utile pour leurs pères, leurs frères et
leurs maris quand ils revenaient des combats
ou des tournois, mutilés et estropiés.

L’histoire des barbiers chirurgiens

Une petite histoire des chirurgiens populaires explique en quelques paragraphes leur ascension et leur chute. L’ensemble pourrait donner lieu à quelques scénarios :

Lorsque le collège des médecins fut adjoint,
au XIIe siècle, à l’Université de Paris,
il avait été spécifié, par les autres facultés
que les chirurgiens n’en feraient pas partie.
Ceux-ci ne possédaient d’ailleurs aucune
considération. Ils tenaient boutique, couraient
les rues et la campagne avec leurs
boîtes sur le dos, et n’avaient pour aides que
des barbiers hâbleurs encore plus illettrés
qu’eux.

Grâce à la protection de Jean Pitard, chirurgien
de saint Louis, ils avaient cependant
réussi à se former en corporation laïque, au
commencement du XIIIe siècle, en 1271, sous
le patronage de Saint-Côme. Leurs réunions
avaient lieu dans le charnier de l’église des
Cordeliers. Ils avaient les mêmes privilèges
que les magistri in physica. C’étaient les chirurgiens
à robe longue.

A la fin de ce siècle, Lanfranc obtenait de
Philippe-le-Bel l’autorisation de réorganiser
l’enseignement avec le droit de délivrer des
grades comportant l’exercice de l’art chirurgical.
Les études étaient essentiellement pratiques ;
elles exigeaient plusieurs années de
stage soit à l’Hôtel-Dieu, soit auprès d’un
chirurgien de la ville, et une certaine instruction
littéraire préalable. De même que
les docteurs, les maîtres chirurgiens portèrent
alors la robe et le bonnet. C’était un
grand succès.

Malheureusement pour eux, les barbiers
du XIVe siècle obtinrent, à leur tour, un édit
de Charles V, qui reconnaissait leur corporation
et les autorisait à pratiquer la saignée
et la petite chirurgie. La Faculté, jalouse du
collège de Saint-Côme, encouragea de tout
son pouvoir la concurrence des barbitonsores
aux maîtres chirurgiens. Elle fonda pour eux
des cours spéciaux d’anatomie, faits en français,
à la condition de rester toujours en état
de soumission vis-à-vis d’elle. Les barbiers
promirent; mais, un jour, ils se crurent
assez forts pour secouer le joug de la Faculté.
C’était en 1593 ; et cette même année,
un arrêt du Parlement leur enleva tous les
privilèges qu’ils avaient obtenus de Charles V.

On ne badinait pas avec la Faculté.

On pourra en lire plus à ce sujet, et à propos de l’histoire d’autres métiers du soin. Notamment, l’idée que les boutiques des apothicaires étaient inspectées tous les ans, par trois gardes accompagnés de deux docteurs. Ces pharmaciens d’antan étaient déjà soumis aux ordonnances des médecins, mais se laissaient souvent aller à vendre sans autorisation doctorale des purgatifs et autres drogues (ce qui ne manquait pas de générer des tensions avec la faculté de médecine).

Bains publics

Le livre évoque le fait que de nombreux bains publics aient ressurgi au moyen âge dans Paris. Bains complétés à partir de l’époque de Charles VI par des étuves (des saunas, je suppose). Des crieurs publics en faisaient la réclame dans la rue. On pratiquait aussi en ces lieux le soin à base de ventouses.

Durant les épidémies, ces établissements étaient fermés. D’autres interdictions ont été suscitées par le fait que ces lieux devenaient parfois des maisons de prostitution. C’était même notoirement le cas dans tous les établissements italiens, sans que l’administration ne cherche à mettre fin à cet état de fait. Tout dépend du lieu et de l’époque, en somme, et cette phase ne dura qu’un temps. Les législations, ainsi que leurs applications, ont varié.

Pour ce qui est de l’application de ces lieux en jeu de rôle, je dirais que même si la prostitution n’a pas être tabou, elle ne constitue pas, à mon sens, un aspect très intéressant à mettre en jeu. D’autant qu’il suscite parfois chez certains joueurs des comportements ou de paroles fortement CRINGE. Après, bien sûr, il revient à chaque tablée de gérer les domaines abordés.

Pour récupérer ce livre

Comment souvent, j’ai pu l’obtenir sur Gallica, en l’occurrence à cette adresse :

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5432067k?rk=21459;2

Pour ce compte-rendu, je n’ai parcouru q’un cinquième de l’ouvrage pour l’instant, donc je pourrai compléter sur d’autres articles. Pour donner une idée de l’ambiance, la suite parle de la PESTE. Bouh !!

Chirurgicalement vôtre,
Feldo

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